Ma photo
Pour me contacter : j-fsterell@laposte.net

vendredi 20 février 2009

EN MOURANT, EN ÉCRIVANT...( janvier 2013)



                                                
     



                                               QUATRIÈME DE COUVERTURE
Il y aurait au moins une bonne raison de ne pas lire ce livre : tant de commentaires, essais, analyses, critiques… ont déjà été écrits à propos de Proust que celui qui voudrait les lire tous n’aurait guère le temps d’ouvrir d’autres livres, pas même… A la Recherche du Temps Perdu !
Il y aurait eu surtout d’excellentes raisons de ne pas l’écrire, ce livre : l’auteur était convaincu, avant de commencer, qu’il ne pourrait jamais en finir avec Proust, que, face à une œuvre aussi  riche, il n’aurait pas le dernier mot ;  que d’autres peut-être avaient  déjà exploré certaines des voies qu’il se proposait de suivre. Il savait surtout que toute analyse, comme le dit Jean-Pierre Richard, attente inévitablement au texte analysé, le découpe, le morcelle,  l’appauvrit.
Pourquoi alors écrire quand même cet essai ? Peut-être parce que lire seulement La Recherche, même en boucle, même attentivement, restait encore un exercice trop passif, trop superficiel, trop fugace. Parce que la lecture générait une frustration que l’écriture seule pouvait en partie réduire. Parce qu’écrire, c’était tout simplement relire Proust, mais mieux, plus activement.
Écrire comme on dessine pour mieux voir, quand admirer ne suffit plus.
Et ce que l’auteur a vu dans La Recherche,  c’est un formidable appareil stratégique dirigé contre la Mort.
Mort  refoulée, exclue  et qui, par conséquent, est omniprésente.
                                                                 



AVANT-PROPOS


Depuis Épicure, nous savons que la mort, la nôtre en tout cas, n’existe pas. La démonstration est connue : ou bien nous la craignons et donc, puisque nous vivons encore, elle n’existe pas ; ou bien elle survient, mais alors c’est nous qui ne sommes plus là pour la craindre.
Cette mort qui arrivera bien un jour, mais ne nous arrivera jamais, ne peut donc pas vraiment nous concerner…
Oui, mais ce raisonnement impeccable n’empêche pas la Mort d’exister en nous.
Notre mort, existe bien : c’est l’ensemble des noms, des formes, des images que les vivants associent à ce fait informe, innommable, inimaginable : leur inéluctable disparition. Et même, lorsqu’ils se refusent à la nommer, à la prendre en considération, les noms et les formes que la Mort se donne en eux, malgré eux, dans un retour du refoulé. Et cette Mort-là existe si bien qu’elle a, comme l’a montré Ariès, une histoire.

Si leur Mort n’existait pas ainsi en eux, les hommes écriraient sans doute, mais autrement et la littérature, entre autres traces, porte celles de cette angoisse.
Une question vaudrait donc la peine d’être posée : l’écriture peut-elle permettre d’en finir avec notre Mort ? Autrement dit, écrire peut-il devenir une pratique efficace contre la Mort qui nous habite ?
Question qui pourrait, si on prend en compte l’histoire littéraire, se formuler ainsi : des stratégies d’écriture à une époque donnée ont-elles pu quelque chose contre la Mort qui « occupait » les hommes de cette époque ?
Il serait peut-être alors légitime de mettre en perspective les changements, les bouleversements qui se sont produits dans la sphère littéraire avec ceux qu’a connus la conscience humaine dans l’appréhension de la Mort. Tout en se gardant bien sûr d’établir un lien de causalité entre les deux plans. Car, pas plus que la Libido ou l’Histoire, la Mort ne pourra épuiser les sens de la littérature ou de l’art.
C’est au début du XXème siècle, à l’époque de la première guerre mondiale, que Philippe Ariès situe le refoulement de la mort, ce qu’il nomme la mort inversée. « Le vrai problème du siècle, écrit aussi Edgar Morin, est, comme l’a dit Freud, que nous ne pouvons plus conserver notre ancienne attitude face à la mort, et nous n’en avons pas encore trouvé de nouvelle.” »  Et c’est approximativement à la même période aussi qu’un certain nombre de romanciers : Proust, Joyce, Woolf, Céline… subvertissent la forme romanesque. 
Faut-il ne voir dans ces ruptures simultanées que simultanéité ? N’est-il pas permis d’envisager que la crise, les bouleversements du genre romanesque au début du XXème siècle se comprennent, du moins pour une part, comme la recherche d’une nouvelle attitude, de nouvelles stratégies contre une Mort qui a muté, contre un nouvel avatar de notre Mort ?

C’est dans cette perspective que l’essai qui suit interroge À la Recherche du Temps Perdu.

Pour commander ce livre ou en lire des extraits :
Le livre En mourant, en écrivant...